Certains n’aiment pas trop venir à la messe car ils trouvent qu’il y est trop question de péchés. A les écouter, la liturgie de la messe renvoie une vision négative de l’homme éternellement pécheur qui doit s’humilier devant son Dieu par crainte de devoir subir les foudres célestes et le châtiment éternel. Et concrètement, cette attitude proche du dolorisme serait à la source du manque de joie qui peut ressortir dans nos liturgies eucharistiques et qui découragerait toute personne à découvrir un tant soit peu ce que c’est que la messe.

Peut-être. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’unique raison de l’incarnation, de la présence corporelle de notre Seigneur Jésus parmi nous est notre état de pécheur. Si l’homme n’était pas pécheur, c’est-à-dire que si rien ne nous éloignait de Dieu, nous n’aurions tout simplement pas besoin de Jésus et encore moins de messe, c’est-à-dire de revivre tous les dimanches sa mort qui nous a obtenue le pardon des péchés. Se reconnaître pécheur, ce n’est pas se faire du mal ou adopter une attitude doloriste pour la forme, mais c’est reconnaître que nous avons besoin du Christ pour être conduit au Père.

Par contre, ces gens ont raison dans la mesure où il ne faut pas s’arrêter à notre statut de pécheur. Nous sommes certes pécheurs, mais nous sommes des pécheurs pardonnés. Là encore, si nous nous arrêtons au stade « pécheur », la mort du Christ serait tout bonnement inutile. Donc tout en se reconnaissant pécheur, le chrétien doit rayonner de la joie de Pâques. Ce n’est pas une joie artificielle non plus : c’est une vraie joie car grâce au Christ, le ciel nous est ouvert. Aujourd’hui, comme le fils aîné de la parabole, le Père nous invite à jouir des biens célestes : c’est notre vrai motif de joie ! Donc oui, chaque dimanche, nous devons sortir de l’église rayonnant de la joie du pardon divin que nous a offert notre Seigneur Jésus.

Ce dimanche de Laetare, dimanche de la joie, est vraiment dans cette dynamique. Au milieu du carême où nous travaillons durement à devenir moins pécheur que ce que nous sommes, l’Église nous donne cette injonction de ne pas oublier que nous sommes déjà pardonnés et que Pâques est déjà là. Donc au milieu des larmes il y a de la joie. Le Christ ne fait décidément jamais comme tout le monde : ce n’est pas un temps pour tout, mais tout en même temps !

Père Sébastien Sorgues